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Les grands Maîtres du Ninjutsu

Les héritiers du Ninjutsu

Takamatsu Toshitsugu

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Takamatsu Toshitsugu est né le 10 mars 1889 dans la province de Hyogo au Japon et mort le 2 avril 1972. Il a enseigné et formé de nombreux grands maîtres de la génération qui lui succéda à diverses traditions d’arts martiaux.

Takamatsu Sensei a été le professeur de Maître Hatsumi pendant plus de quinze ans. Au début du XXe siècle il partit pour la Chine alors considérée comme le « far-west » du Japon (Mandchoukouo). Formé aux différentes écoles actuelles du Bujinkan par son grand-père Toda Shinryuken Masamitsu, puis par Ishitani Sensei et Mizuta Yoshitaro Tadafusa Sensei, il pu mettre en pratique ses connaissances martiales pendant les dix années que dura son séjour en Chine.

Rentré au Japon en 1919, il enseigna à quelques élèves. Il enseigna même le Bôjutsu du Kukishinden Ryû à Kano Sensei et aux élèves du Kodôkan.

De son vivant, il fut considéré comme l’un des derniers vrais Ninja du Japon. Vers la fin de sa vie, il rencontra Hatsumi Sensei auquel il transmit la totalité de ses connaissances et lui fit partager ses expériences du combat réel.

Certains pensent qu’il aurait « nettoyé » le contenu de certaines écoles dont les techniques avaient perdues le sens de la réalité du combat. Takamatsu Sensei a reçu les écoles suivantes : Shinden Fudô Ryû, Koto Ryû, Gyokko Ryû, Togakure Ryû, Kumogakure Ryû, Takagi Yôshin Ryû, Kukishinden Ryû, , Gikan Ryû, Gyokushin Ryû.

Masaaki Hatsumi

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Masaaki Hatsumi est né à Noda au nord-est de Tokyo, le 2 décembre 1931.

Gradé dans plusieurs arts martiaux modernes et anciens (Judo, Jujutsu, Boxe, Karatedo), il comprit que les versions modernisées des arts martiaux ne reflétaient que peu la réalité des Kobudo (arts martiaux anciens) pratiqués aux siècles précédents. Connaissant la réputation de Takamatsu Sensei, il le contacta. Invité à le rencontrer à l’autre bout du Japon, il devint son élève. Il mit de côté tout ce qu’il avait apprit à ce jour et se consacra à l’étude des neuf écoles. Hatsumi Sensei fit le déplacement en train, tous les week-ends pendant quinze ans jusqu’au décès de Takamatsu Sensei en 1972.

Un an avant la mort de Takamatsu Sensei celui-ci le désigna comme son seul héritier dans les neuf traditions. Il est aujourd’hui le Soke (héritier) des neuf traditions que nous étudions au sein du Bujinkan.

Soke Hatsumi se définit surtout comme un artiste. Ostéopathe de formation, il est aussi peintre, écrivain, scénariste pour le cinéma et la télévision. Il créa et joua dans une série télé destinée aux jeunes. Cette série nommée Giraya fut diffusée en France dans les années 90.

Sa compréhension profonde du Budo japonais en fait l’un des derniers grands maîtres japonais vivant. Il enseigne aujourd’hui dans sa ville de Noda au Bujinden (le Hombu Dojo du Bujinkan) et au Budokan de Ayase, en proche banlieue de Tokyo trois fois par semaine. Chaque année, au Budokan, est organisé un Taikai de trois jours pour son anniversaire. Environ 300 participants japonais et étrangers se regroupent à cette occasion.

Textes

Le Ninjutsu vu par nos Maîtres

« Ninjutsu no hiketsu-bun »

takamatsu02Extrait du « Ninjutsu no hiketsu-bun » de Takamatsu Sensei traduit du Japonais par KACEM ZOUGHARI.

La voie du combat et des stratégies militaires consiste à protéger le corps.

L’essentiel de cette protection réside dans le Ninjutsu. Car le Ninjutsu s’attache aussi à protéger l’esprit du pratiquant. En d’autres termes, lorsque l’esprit requis n’est pas juste dans la pratique de la voie du combat, il arrive que l’on en meure. Par exemple, on dit que la médecine est le moyen qui permet de sauver la vie, mais si cette dernière est écartée de son but originel, elle devient mortelle pour l’homme. Nourriture et boisson servent au développement de la vie. Mais boire et manger à outrance, détruit le corps. De même que la mission des hommes politiques doit être de protéger le peuple et de gouverner correctement le pays.

Pourtant, lorsque ceux-ci sont avides, ignorants, ainsi que ceux qui craignent pour leur propre vie sont au pouvoir, ils sèment la confusion dans le pays et tourmentent le peuple. il en va de même pour la religion. lorsque celle-ci est basée sur la sincérité alors, sa justesse se manifeste, la personne est protégée, les familles prospères et la société profite de ses bienfaits. Cependant, quand elle prend la mauvaise voie, elle devient alors le principe qui engendre la destruction des personnes et qui met en danger l’état.

C’est pourquoi lorsqu’un maître en techniques de combat pratique le Ninjutsu, il peut en obtenir le plus essentiel de ses secrets.

L’essentiel de ses secrets réside dans l’esprit et l’œil divin.

En d’autres termes, il faut comprendre le Ninjutsu comme une connaissance de la voie céleste. Ce que l’on appelle la sincérité du ciel, est une chose droite sans la moindre malveillance. Ce principe que l’on retrouve à la fois dans le ciel et dans l’homme, ne fait qu’un. Par exemple, les cinq phases, ne peuvent être engendrées par la terre, de même que par l’action des périodes intercalaires (doyô), les quatre saisons s’installent. Alors, quand il n’y a pas de périodes intercalaires pour les quatre saisons et qu’il n’y a pas l’élément terre pour les cinq phases, c’est comme le ciel dépourvu de sincérité.

Quand une personne est animée d’une juste et réelle sincérité, alors elle se conforme à la voie. Et, lorsqu’elle se conforme à la voie céleste, alors elle satisfait le dessein céleste. Voilà ce qu’est l’esprit et l’œil Divin. Telle est la raison pour laquelle le ninja doit être une personne qui connaît la justice.

Moi j’appelle le Ninjutsu l’art de reconnaître. Ainsi, souriant à tout moment, le Ninja ne connaît point de surprise. Tel est le style de combat de l’école Togakure.

Takamatsu Toshitsugu Yokuô

33e Sôke de l’école Togakure Ryu Ninjutsu

« Jihi no Kokoro » (Le cœur généreux)

Je pehatsumi02nse que le Ninpo, la forme la plus élevée de Ninjutsu, devrait servir de principe directeur à tous les pratiquants d’arts martiaux au monde. Les techniques de survie physiques et spirituelles immortalisées par les ninja japonais constituaient en fait l’une des sources des arts martiaux japonais.

Sans une formation complète et approfondie à toutes les techniques d’arts martiaux, le pratiquant peut tout au plus espérer que ses mouvements progressent en efficacité et ceci, dans le nombre limité d’exercices musculaires qu’il ou elle aura travaillé régulièrement.

L’illumination intérieure ne touche que ceux qui ont fait l’expérience d’une immersion totale dans la tradition des arts martiaux et qui vivent selon ses textes. En affrontant le danger, en surmontant la peur, la blessure, la mort, en acquérant une expérience pratique de l’étendue et des limites de sa propre puissance, le Ninjutsu développe la force nécessaire pour jouir de la beauté des fleurs balancées par le vent, apprécier l’amour des autres, de goûter la sérénité d’une société en paix avec elle-même.

Pour atteindre cet état d’illumination intérieure, il faut développer le Jihi no Kokoro ou « cœur généreux ». Plus fort que l’amour lui-même, le « cœur généreux » embrasse tout ce qui participe à la justice universelle et tout ça qui s’exprime dans le déroulement de l’univers. Fruit d’une connaissance intime et renouvelée de l’extrême limite entre la vie et la mort, le « Cœur Généreux » du ninja est la clé qui ouvre la voie de l’harmonie et de la compréhension des mondes spirituels et du monde physique naturel .

La popularité du ninja a connu un nouvel essor durant ces dernières décennies et le public fut submergé de films, de séries télévisées, de romans à grand tirage mettant en scènes des ninja. C’est un art martial qui compte sur la force naturelle de chaque individu, la pratique du Ninjutsu pour un ninja est diamétralement opposée à tous les autres systèmes d’arts martiaux.

Le Ninjutsu ne tente pas de canaliser les réactions du pratiquant dans les séries de mouvements stylisés et prédéterminés. Le Ninjutsu est une méthode qui permet, mise à part une auto-protection efficace, de se maintenir en excellente santé, de développer la résistance naturelle du corps, d’accroître notre vitesse de réaction et de déplacement.

Les techniques font travailler le corps dans une dynamique naturelle, exploitant la constitution de ce dernier. Lors de la pratique du Taijutsu, avec un partenaire, ou contre un adversaire, le ninja prend en considération les lois harmoniques de la nature. Je dois assurer que je ne vois aucun inconvénient à ça, que l’industrie du divertissement adapte les coutumes du ninja aux besoins du public.

Cependant, je suis quelque peu surpris de constater que le public japonais et américain puisse penser que les envolées littéraires de ces écrivains constituent l’Essence réelle du Ninjutsu. C’est pourtant ce qui se passe au Japon et selon les dires de mes élèves, c’est également ce qui se passe dans le monde occidental.

Dr MASAAKI YOSHAKI HATSUMI